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Ronds de cuir : qui bosse, qui bulle ?

Ronds de cuir : qui bosse, qui bulle ?

Ronds de cuir : qui bosse, qui bulle ?

1 français actif sur 4 travaille dans le secteur public et le poids des salaires des fonctionnaires pèse plus de 40% du budget de l’Etat. Notre pays peut-il faire l’impasse sur des réformes de fond ?

Guillaume CAIROU

La France peut-elle revenir à un meilleur équilibre budgétaire sans se pencher sur la question du coût des fonctionnaires ?

Jacques Garello : Certainement pas ! Il y a en France trop d’Etat, trop de collectivités, trop de dépenses publiques. Il faut dégraisser le mammouth, pour reprendre une expression célèbre, et celui-ci n’est pas que dans l’Education nationale. Il faut faire le ménage, y compris dans les entreprises qui vivent de la commande de l’Etat, pour réduire le décalage entre le privé et le public. Comme le disait Frédéric Bastiat : « L’emploi public détruit de l’emploi privé ». Outre le coût direct, il y a donc un coût induit sur l’ensemble de l’économie. D’ailleurs, la majorité des pays occidentaux l’a fait. Le Royaume-Uni vient de supprimer 400.000 postes de fonctionnaires, l’Espagne a drastiquement baissé les salaires dans la fonction publique, l’Allemagne a engagé des réformes majeures il y a plus de 10 ans…

Thibault Lanxade : Si certaines mesures du gouvernement, comme la poursuite de la stabilisation de la valeur du point dans la fonction publique, sont positives, nous sommes encore loin du compte. De vraies économiques ne seront possibles qu’en se penchant sur des questions structurelles, et nous nous interrogeons, par exemple, sur l’opportunité de maintenir les créations d’emplois prévues dans la fonction publique plutôt que d’avoir une démarche permettant une meilleure mobilité interne en favorisant le passage entre les trois fonctions publiques.

Guillaume Cairou : L’Etat ne peut pas se priver de faire un véritable effort en matière d’économies et de restrictions de la dépense publique. Je suis convaincu que la compétitivité, ce n’est pas un concept d’entreprise à appliquer qu’aux entreprises. Cela doit également directement concerner l’appareil administratif et son mille-feuille qui perd quotidiennement tant d’entrepreneurs. Comment l’Etat peut-il continuer à dépenser son fonctionnement plus qu’il ne gagne alors que les taux de prélèvements obligatoires supportés par les entreprises sont parmi les plus élevés d’Europe ? Il faut stopper sans délai l’embauche des fonctionnaires ou, au moins, s’engager sur un non-remplacement de fonctionnaires partant à la retraite.

 

L’idée même d’un emploi à vie a-t-elle encore un sens alors qu’administration et collectivités n’ont pas plus de visibilité à long terme que les entreprises ?

Jacques Garello : C’est évidemment contraire à la réalité. En période de crise, les entreprises doivent s’adapter et être flexibles. La fonction publique ne peut évidemment pas échapper aux contraintes économiques. En Suède, les fonctionnaires peuvent être licenciés si la conjoncture l’exige. Il n’y a pas eu de baisse de qualité des services publics, ni d’explosion du chômage. En France, on va dans le sens inverse. L’Education nationale recrute, alors que le nombre d’enfants diminue et que l’on ferme des écoles. Il est vrai que l’on ne recrute pas des enseignants, mais aussi des administratifs… La flexibilité ne signifie pas la précarité. Dans un environnement de travail plus fluide, il y a peu de chômage.

Thibaut Lanxade : La sphère publique devrait commencer par mettre en oeuvre un plan d’efficacité. Les entreprises savent réaliser 2% d’économie alors que le contexte nous impose des réformes. Il faudrait mettre les fonctionnaires en mode usine : excellence opérationnelle, management participatif et lean management. Poser la question aux gens qui voient les gaspillages : aux infirmières dans les hôpitaux, aux employés de bureau dans les administrations, aux agents territoriaux dans les collectivités,… Ils en savent beaucoup, notamment où trouver les économies, et souhaiteraient pouvoir proposer des solutions.

Guillaume Cairou : L’emploi à vie ne correspond à aucune réalité, mais est une sécurité illusoire face au chômage. Le mal du marché du travail français, ce n’est pas qu’il y ait des destructions d’emplois, mais qu’il n’y ait pas assez de créations d’emplois ! Quand va-t-on comprendre que le mal dont souffre notre pays ce n’est pas que les entreprises ferment mais qu’elles ne se créent pas !

 

En dehors de l’emploi à vie, comment justifier les nombreux avantages collectifs (régime de retraite, jours de carence, supplément familial…) et sectoriels accordés aux fonctionnaires ?

Jacques Garello : On a longtemps justifié les avantages « sociaux » des fonctionnaires comme une compensation parce qu’ils étaient mal payés. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Le salaire moyen dans la fonction publique est supérieur de 17% à la moyenne de ceux du secteur privé. Or, le régime de retraite des fonctionnaires est toujours nettement plus avantageux, avec des cotisations inférieures, un mode de calcul qui revalorise le montant des pensions et même la possibilité d’ajouter une retraite par capitalisation. Même chose pour le supplément de traitement familial, totalement injustifié alors que le gouvernement détricote le système des prestations familiales pour tous les français. Quelle autre raison autre que politique à ce décalage ?

Thibault Lanxade : Le Medef a toujours rappelé l’urgence qu’il y a à conduire une véritable réforme structurelle du système des retraites permettant son retour à l’équilibre à un horizon rapproché. Dans ce cadre, le maintien du système spécifique de la fonction publique est un non-sens. A défaut d’un alignement, il faut procéder à une réduction des injustices de pension.

Guillaume Cairou : Il ne peut pas y avoir deux mondes du travail, public et privé, qui cohabitent mais n’ont pas les mêmes droits et les mêmes devoirs. L’Etat doit geler les prestations sociales et le point d’indice du salaire des fonctionnaires jusqu’en 2020.

 

Envisager une réforme, même partielle, du statut des personnels de la fonction publique est-il envisageable sans bloquer le pays par des grèves et des manifestations ?

Jacques Garello : C’est en tout cas difficile. Aujourd’hui, ce n’est plus le Parlement qui fait la loi, c’est la rue. Il faut savoir qu’il y a 50 ans, les fonctionnaires n’avaient pas le droit de faire grève, en respect du principe de la « continuité du service public ». Cette interdiction ne concerne plus que quelques professions, comme les militaires, les policiers, les magistrats judiciaires. La capacité de certaines catégories, notamment de fonctionnaires, mais aussi de grandes entreprises, de bloquer l’économie crée cette déplorable « tyrannie du statu quo », selon l’expression de Milton Friedman. Pourtant, un changement de statut ne se traduit pas obligatoirement par une régression, comme le montrent les exemples du Canada ou de l’Allemagne. Et si l’on en juge par le taux d’absentéisme dans la fonction publique, nombre de salariés du secteur ne sont pas si satisfaits de leur situation actuelle.

Thibault Lanxade : Poser les questions et débattre ne doit pas être vu dans notre pays comme un régression, mais bien comme un progrès démocratique. On peut le faire sans aller vers une diminution de la protection des citoyens ou une remise en cause de la qualité du travail des fonctionnaires. Et donc sans conduire ceux-ci dans la rue.

Guillaume Cairou : Il faut se poser la question de l’abus de grève. Se mobiliser systématiquement contre toute l’idée de réforme est tout simplement irresponsable. Certains syndicats mènent un jeu irresponsable au nom de combats imaginaires ou d’arrière-garde qui n’apporte rien si ce n’est à la France qui peut, grâce à eux, se vanter d’être le pays qui comptabilise le plus de journées de grèves au monde.

 

L’Etat peut-il faire éviter la redéfinition de ses missions régaliennes ?

Jacques Garello : Il est indispensable de redessiner la frontière. L’expansion du domaine de l’intervention du secteur public est injustifiée et les théories économiques qui la prônaient sont toutes remises en cause. Il faut en revenir au principe de subsidiarité et n’attribuer à l’Etat que les fonctions qu’il est le seul à pouvoir faire. Parmi ces missions où il est irremplaçable, la justice, la police, la défense nationale. Tout le reste peut être du domaine du secteur privé, pas exclusivement marchand, mais aussi coopératif, communautaire, associatif, et tous les modèles que l’on peut imaginer. En Suède, les syndicats d’enseignants eux-même ont reconnu que l’enseignement était mieux assuré par le secteur privé qu’auparavant. J’ai été fonctionnaire parce qu’en France, on ne peut pas être professeur d’économie sans être salarié, mais si j’avais eu le choix… Il faut bien comprendre que trop d’Etat, c’est trop de dépenses, trop d’impôts et, au final, trop de dégradations du quotidien pour les citoyens.

Thibault Lanxade : Aujourd’hui, 57% des dépenses de l’Etat sont publiques, bien plus que nos partenaires européens, 12 points de plus que l’Allemagne. Le côté positif est que la France dispose d’une administration qui fonctionne et qui est globalement efficace. Le problème, c’est l’efficience : elle coûte trop cher. Il faudrait agir sur trois axes. D’abord, faire un tri dans les missions de la sphère publique et se recentrer en effet sur le régalien. Ensuite, il faudrait revoir la gestion des processus comme on le fait dans les entreprises pour survivre. Enfin, le management des hommes et des femmes doit être au coeur de la réforme de l’Etat.

Guillaume Cairou : La France doit entamer de véritables réductions de la taille de son Etat qui ne peut pas tout et doit arrêter de se mêler de tout, parce qu’il est tout simplement incapable de tout gérer. Il faut lancer une grande concertation pour que l’Etat se concentre sur ses missions essentielles afin de redevenir efficace comme la Suède, l’Australie et le Canada, lorsqu’ils ont structurellement abaissé leurs dépenses publiques. Chacun doit prendre ses responsabilités. Il faut que ce que nous faisons dans nos entreprises pour renforcer leurs performances soient également mises en oeuvre dans nos administrations. Il est temps que l’Etat mette en oeuvre de véritables économies. Il faut moins d’Etat, mais aussi mieux d’Etat !

Article original par Entreprendre