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Quand l’entreprise rencontre l’armée

Quand l’entreprise rencontre l’armée

Quand l’entreprise rencontre l’armée

Du 5 juin à mi-octobre, l’opération « Parcours Défense-Entrepreneurs » a permis à des dirigeants de partager le quotidien des armées. Une expérience, organisée par le Medef et le ministère de la Défense, jugée très instructive par les participants. Ils ont été marqués par l’esprit d’équipe au sein des bataillons. 

« Dans l’armée, la réussite est collective. L’officier fait confiance à ses hommes et inversement ».

Le parcours « Défense-Entrepreneurs », lancé le 5 juin dernier et qui s’est achevé mi-octobre, a permis à des dirigeants de découvrir le monde militaire et à des soldats de faire un pas vers l’entreprise. Pendant l’opération, des binômes ont associé vingt-deux chefs d’entreprise de secteurs d’activité variés (industrie, transports, médias, comptabilité, etc) à vingt-deux militaires (officiers ou sous-officiers) engagés dans un parcours de création ou reprise d’entreprise. « L’objectif était de permettre aux militaires de se rapprocher du monde économique afin de les aider dans leur reconversion. De leur côté, les entrepreneurs ont pu découvrir l’excellence opérationnelle de l’armée et observer les similitudes entre les deux milieux », précise Thibault Lanxade, président du pôle « Entrepreneuriat et croissance » au Mouvement des entreprises de France (Medef) qui est à l’initiative du projet. Au ministère de la Défense, c’est l’agence de reconversion de la défense (ARD, dénommée Défense Mobilité, qui a conduit l’action.

« Nous nous sommes serrés les coudes »

Pendant le parcours, les entrepreneurs ont été plongés en immersion dans des unités militaires. « L’opération s’est déroulée sur une logique « vis ma vie ». Les entrepreneurs ont vécu et partagé le quotidien de militaires dans différents lieux. Certains étaient sur la base aérienne 120 à Cazaux (33) où ils ont effectué un vol en alpha-jet. D’autres sont allés sur le porte-avion Charles de Gaulle », détaille Thibault Lanxade. Certains d’entre eux ont passé deux jours dans le centre national d’entraînement commanda (CNEC), situé à Mont Louis (66). Au programme, un parcours d’obstacles le long des murailles de l’impressionnante citadelle de la ville, située à 1 600 mètres d’altitude, et dans laquelle est installée l’armée française. « Nous avons aussi été initiés à la descente en rappel, le long d’un des hauts murs du fort. C’était très physique, précise Jacques-Henri Eyaud, PDG de Groupe Paris Turf, qui a participé à l’entraînement. Nous avons également assisté à une séance de tir à balles réelles avec une unité spécialisée dans l’exfiltration de personnalités. Pendant ces 48 heures, nous avons dormi dans une chambrée militaire. Nous n’avons pas eu l’impression d’avoir un traitement différent. »

Guillaume Cairou, PDG fondateur du Groupe Didaxis, qui est revenu de la même session mais avec une entorse du genou, a pris part à un stage de self-défense pendant lequel il a expérimenté la boxe. « Avec les participants, nous nous sommes serrés les coudes. On a mouillé la chemise mais nous sommes revenus avec un moral d’action », explique-t-il en assurant que ce stage a été un électrochoc. « J’ai réalité tous les points communs, notamment la persévérance et l’endurance, qui pouvaient exiger entre les entrepreneurs et les militaires. Comme ces derniers, nous sommes en veille permanente car nous sommes en guerre économique ». Comparant le quotidien du chef d’entreprise à un parcours du combattant, il souligne que le dirigeant doit apprendre à se dépasser et à gérer son stress. « Lorsqu’on est au bord du vide, il faut sauter. Nous avons les mêmes craintes et appréhensions que les militaires pourtant nous y allons. L’entrepreneur agit de la même façon, il avance car il n’a pas le choix », précise-t-il encore. 

Sur tous les fronts

Jacques-Henri Eyraud a aussi été marqué par cette expérience et notamment l’esprit d’équipe qui règne parmi les militaires. « Chacun se met au service de l’autre. Dans l’armée, la réussite est collective. L’officier fait confiance à ses hommes et inversement, précise-t-il. Au quotidien, je transposerai l’importance de l’écoule et la communication dans mon travail avec mes collaborateurs ». Un contact partagé par Jacques Parent, fondateur et gérant du cabinet d’expertise comptable Accomplys, qui a été frappé par la manière dont les militaires travaillent en groupe. « Les instructeurs ont passé plus de temps avec les dirigeants qui avaient de l’appréhension et finalement ces derniers ont réussi les épreuves. Dans une équipe, tout le monde n’est pas au même niveau et il faut savoir faire attention aux plus faibles sans retarder le groupe, explique-t-il. De mon côté, je veillerai davantage à chacun de mes collaborateurs pour la bonne marche de mon entreprise. »

L’entrepreneur a de son côté accueilli pendant trois jours un colonel de l’armée en phase de création d’entreprise dans le secteur de l’immobilier. « Pour lui, c’était comme un stage de découverte. Il avait tout à apprendre sur la gestion du quotidien d’une société et le rôle du chef d’entreprise, précise le patron d’Accomplys. Je l’ai beaucoup accompagné sur la création et les montages juridiques et financiers ». 

Le PDG et fondateur du Groupe Didaxis a, lui, ouvert ses portes à un capitaine-formateur spécialiste du monde arabe, rattaché à l’école militaire de spécialisation de l’Outre-mer et de l’étranger (EMSOME), qui a un projet de création d’entreprise dans le domaine du négoce. Le militaire l’a suivi dans ses nombreux rendez-vous, notamment d’affaires, tout au long de la journée. « Nous sommes restés ensemble jusqu’à tard le soir. Il a suivi le quotidien d’un chef d’entreprise qui est sur tous les fronts. Comme les militaires, les dirigeants doivent avoir une bonne condition physique pour prendre les décisions au bon moment et avoir un temps d’avance sur la concurrence. »

Des chefs d’entreprise engagés dans la réserve citoyenne

« Chaque année, le ministère de la Défense accompagne 15 000 personnels de l’armée vers le monde civil mais seulement 150 d’entre eux se lancent dans la création ou la reprise d’entreprise. Nous voulons donc les encourager vers l’entrepreneuriat car c’est une piste à laquelle ils ne pensent pas forcément alors qu’ils ont les qualités pour réussir », précise le colonel Arnaud Faure, secrétaire générale du comité de liaison Défense-Medef et chargé de coordonner l’évènement. Il précise que les militaires qui ont participé au « Parcours Défense-Entrepreneurs » sont actuellement engagés dans des projets très divers. « L’un des participants porte un projet de négoce en vin, un autre veut créer et fabriquer du matériel nautique et un sergent féminin veut ouvrir une boutique de décoration ». 

Outre l’immersion en entreprise, les militaires ont été conviés pendant deux jours à une session d’information, organisée par le Medef, abordant tous les aspects relatifs à la création et reprise d’entreprise (financier, juridique, business plan, etc.). « Nous leur avions présenté l’éco-système de l’entrepreneuriat sous forme de speed-dating avec des agences et association de création et reprise d’entreprise, par exemple », détaille Thibault Lanxade. Les militaires ont agrandi leur réseau et certains ont affiné leur business plan. » Il précise qu’à l’issue de l’opération, la majorité des chefs d’entreprise se sont engagés dans la réserve citoyenne de l’armée. Un partenariat gagnant-gagnant qui prévoit d’être renouvelé l’année prochaine et étendu auprès des Medef territoriaux. 

Article original par Audrey PELE, Courrier cadres & dirigeants