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Pour (vraiment) encourager le travail indépendant, lançons un “starter pack entrepreneurial”

Pour (vraiment) encourager le travail indépendant, lançons un “starter pack entrepreneurial”

La protection du patrimoine des entrepreneurs, l’une des mesures phares du “plan indépendants”, est pleinement entrée en vigueur, ce dimanche 15 mai. Guillaume Cairou, entrepreneur et président de la CCI des Yvelines, appelle le futur gouvernement à aller encore plus loin pour réellement booster l’activité indépendante.

Dans le “plan indépendants” porté par le gouvernement, on retrouve des mesures de simplification et de sécurisation du lancement de sa propre activité : suppression du statut peu utile d’entrepreneur individuel à responsabilité limitée (EIRL), meilleure protection du patrimoine personnel de l’entrepreneur, création d’un guichet unique délivrant les informations essentielles… La publication d’un décret et d’un arrêté, vendredi 13 mai, a justement permis de rendre pleinement effective, depuis ce dimanche, l’une des principales mesures de ce plan : la protection du patrimoine des entrepreneurs.

Mais il faut aller plus loin et le futur gouvernement devrait approfondir cette logique de soutien, au travers d’un véritable “starter pack entrepreneurial” à destination des néo-entrepreneurs. Coup de pouce fiscal, conseils, revenu universel… voici ce que pourrait contenir ce véritable dispositif de soutien à l’activité indépendante.

L’expression “starter pack” n’est pas employée au hasard. Il s’agit d’un terme que l’on rencontre dans les nouveaux jeux vidéo en ligne, ceux qui représentent un énorme marché et qui concentrent une bonne partie de l’innovation technologique : capacités graphiques, possibilités de réunir des centaines de milliers d’utilisateurs en même temps, etc. Les acteurs de cette nouvelle ère vidéoludique proposent aux nouveaux arrivants une formule clé-en-main pour bien débuter leur aventure, à base de stocks initiaux de ressources, de conseils de démarrage et diverses autres facilités les premiers temps de jeu.

Et si l’on calquait ce modèle, mais pour l’ensemble des nouveaux entrepreneurs ? Rappelons que l’an dernier, au plus fort de la pandémie, près d’un million d’entreprises ont été créées. En retirant les entrepreneurs aguerris, ce sont des centaines de milliers de nouveaux arrivants dans l’aventure entrepreneuriale. Ces derniers méritent donc toute notre attention ! Le “starter pack” entrepreneurial leur serait destiné dans un temps limité, disons les trois premières années de leur nouvelle vie d’indépendant. Il comprendrait également un ensemble de mesures de soutien et d’accompagnement, notamment dans la digitalisation, car beaucoup de chefs de petites entreprises ont encore du mal avec cette réalité économique désormais incontournable.

Le premier objectif est d’accompagner les néo-entrepreneurs, au moyen d’un renforcement de l’offre de conseils. Le réseau consulaire joue aujourd’hui un rôle essentiel en ce sens, qu’il est important de revaloriser. Il serait alors dommage que l’État veuille, dans un avenir proche, grever davantage le budget des Chambres de commerce et d’industrie (CCI)…

Au contraire, je propose une restitution aux CCI de leurs ressources financières préemptées par les gouvernements successifs. En contrepartie, ces moyens récupérés serviraient exclusivement à l’accompagnement des chefs d’entreprise, pourquoi pas au travers d’une nouvelle formule de contrats État-CCI officialisant un engagement commun dans cette mission d’intérêt général d’accompagnement. N’oublions jamais qu’un conseil personnalisé prodigué par un entrepreneur expérimenté vaudra toujours mille boîtes de dialogue automatisées de site Internet, privé ou public !

Réactiver un levier fiscal important

Le deuxième moyen est, bien sûr, financier. Là encore, l’État est revenu depuis plusieurs années sur des “acquis entrepreneuriaux”. L’aide à la création et reprise d’entreprise (Acre), autrefois disponible les trois premières années d’activité, a été restreinte à la seule première année. Le souci de préservation des dépenses publiques peut paraître louable, mais comment justifier que les seules mesures d’économie budgétaire d’ampleur concernent d’abord les administrés et non l’État lui-même ?

De même, tous les entrepreneurs vous diront qu’une année pour être rentable, c’est peu. Revenir à une Acre disponible les trois premières années constituerait une première mesure fiscale de bon sens et le signal d’une ambition retrouvée pour soutenir convenablement nos talents, en leur laissant le temps de s’envoler plutôt qu’en leur arrachant les ailes en plein décollage.

Enfin, le troisième volet du “starter pack entrepreneurial” comprendrait des mesures de protection aujourd’hui absentes. L’allocation travailleurs indépendants (ATI) va être ouverte aux activités non viables économiquement, c’est une bonne nouvelle du plan pour les indépendants, après l’échec constaté à son lancement. Cela n’empêche pas d’aller plus loin en imaginant un véritable “revenu universel indépendants”, ou RUI, pour assurer un filet de sécurité destiné à toute la communauté des travailleurs indépendants.

Ce RUI serait mobilisable à un taux de 100% les trois premières années, puis à un taux dégressif les années suivantes en tenant compte du revenu préalablement généré par l’activité indépendante. Ce dispositif serait financé par les cotisations versées par les entrepreneurs, mais aussi – attention, gros mot – par l’impôt : l’innovation et l’audace apportent un bénéfice considérable à la Nation, il est donc socialement juste qu’elle soutienne ses talents en retour !