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Entreprendre : pourquoi il est important de (mieux) se former

Entreprendre : pourquoi il est important de (mieux) se former

Pour Guillaume Cairou, président de la Chambre de commerce et d’industrie des Yvelines et vice-président de la CCI Paris Île-de-France, il faut remettre en lumière la formation à l’entrepreneuriat en la consacrant massivement aux métiers d’avenir.

Avec près d’un million d’entreprises créées en 2021 dans notre pays, selon l’Insee, la liberté d’entreprendre est plus que jamais accessible à tous, bien loin de la seule image d’Épinal du jeune CEO fraîchement sorti d’une prestigieuse école de commerce. Déjà en 2018, près de 60% de nos entrepreneurs n’étaient pas titulaires d’un diplôme de niveau bac+5 ; ils étaient même 10% à ne jamais avoir décroché le baccalauréat, d’après une autre étude de l’Insee. Mais si être bardé de diplômes et certifications n’est heureusement pas une exigence pour devenir indépendant, la formation pratique à l’entrepreneuriat se révèle, en contrepartie, tout sauf subsidiaire.

Or force est de constater que la hausse du nombre de créations et reprises d’entreprises ne s’est pas accompagnée, au fil des années, d’un suivi accru des formations à cette fin : d’après la dernière étude de la Dares publiée sur le sujet en 2019, nous sommes passés de 60% de néo-entrepreneurs préalablement formés en 2006 à seulement 41% en 2014. Cet infléchissement s’explique entre autres par l’essor fulgurant des créations d’activité sous le régime du micro-entrepreneur depuis 2009, soit près des deux tiers des créations d’entreprises l’an dernier, alors que seulement 27% d’entre elles ont été précédées d’une formation.

Les risques d’une précipitation dans le démarrage de son aventure entrepreneuriale sont pourtant grands : se tromper de domaine professionnel, sous-estimer les compétences à acquérir – sur le plan managérial, technique, financier, etc. -, choisir la mauvaise forme juridique pour exercer son activité, expédier l’élaboration du prévisionnel financier et du business plan, investir un marché saturé d’offreurs ou vide de demandeurs…

Un manque de formation se traduit ainsi fréquemment par l’apparition rapide des premières déconvenues. Pour reprendre les conclusions de l’étude de la Dares, un entrepreneur sur quatre avait éprouvé, en 2014, une réelle difficulté à démarrer son activité sans accompagnement. Dans le même temps, le monde de l’entrepreneuriat évolue à pas de géant, bien plus rapidement que le renouvellement des formations proposées, publiques comme privées, dans notre pays. Des métiers innovants apparaissent pour satisfaire de nouveaux besoins, en premier lieu dans le numérique : architecte en cybersécurité ou en big data, community ou traffic manager, ingénieur cloud… Des professions séculaires sont quant à elles modernisées pour répondre aux enjeux du climat et de la consommation raisonnée, dans la cordonnerie, la maroquinerie ou encore la chaudronnerie.

Former davantage aux métiers d’avenir

Ces transformations doivent alors se retrouver pleinement dans l’offre de formation à destination des entrepreneurs, aujourd’hui lacunaire. Ce sont, en effet, les entrepreneurs qui créent les emplois et la croissance de demain, ce sont eux qui révolutionnent nos manières de produire et de consommer dans un monde aux contraintes démultipliées. Le réseau des Chambres de commerce et d’industrie, deuxième opérateur de formation après l’Éducation nationale et premier accompagnateur des entreprises, apparaît alors tout indiqué pour revaloriser les formations à destination des entrepreneurs et les orienter vers les secteurs d’avenir.

A l’heure actuelle, le marché de la formation est un véritable labyrinthe pour les non-initiés. L’agence France compétences dénombre pas moins de 75.000 organismes de formation, lesquels délivrent des certifications au sérieux et à la reconnaissance très disparates. Ce labyrinthe prend fréquemment l’allure d’une jungle abritant des offres malhonnêtes, malgré les tentatives de l’État d’enrayer ce phénomène. En tant que partenaires historiques des entrepreneurs, les CCI ont pour devoir de guider ces derniers dans cet environnement complexe et propice aux mauvais choix, en les conseillant sur les formations à suivre selon leur profil. Elles doivent à cet effet renforcer leur rôle d’aiguilleur vers les formations qualifiantes tournées vers les secteurs d’avenir, comme l’industrie décarbonée, la deeptech, la foodtech, les services numériques aux artisans et commerces de proximité, sans oublier tous les pans de l’économie sociale et solidaire.

Les entrepreneurs d’aujourd’hui sont les façonneurs du monde de demain, ils méritent pour cela d’être accompagnés gratuitement dans leur recherche de formation. Il appartient également au réseau consulaire d’inciter massivement son public à se former convenablement à l’entrepreneuriat. Les CCI sont d’ores et déjà rejointes par d’autres acteurs dans ce projet, à l’instar de la Fédération nationale des auto-entrepreneurs et de la Caisse des dépôts qui ont récemment conclu un partenariat en vue de promouvoir la formation des micro-entrepreneurs. Avec force, elles peuvent devenir la tête de pont du réseau des partenaires publics et privés des entrepreneurs.

Faire de la France une nation d’entrepreneuriat et d’innovation

Enfin, les CCI disposent d’un vaste maillage territorial d’écoles dédiées à toutes les formes d’entrepreneuriat. Les formations d’excellence qu’elles dispensent gagneraient à s’ouvrir encore plus sur le monde, en s’adressant à davantage de profils “atypiques” d’entrepreneurs et en s’orientant plus nettement vers les débouchés d’avenir, alors que 85% des emplois de 2030 n’existent pas encore, selon une étude de Pôle emploi. La plupart de ces formations sont éligibles à un financement par le compte personnel de formation.

Le plan France Relance prévoit par ailleurs un abondement en cas de solde du CPF insuffisant pour suivre une formation aux métiers stratégiques du numérique, jusqu’à 100% du reste à payer dans la limite de 1.000 euros par dossier de formation. Rappelons que les salariés ne sont pas les seuls à bénéficier de ce dispositif et incitons, là encore, les entrepreneurs à en tirer profit pour se rassurer grâce à une formation courte, ou pour acquérir de nouvelles compétences au travers d’une formation longue.

L’ambition de doubler le nombre d’entrepreneurs en France d’ici 2030 est parfaitement réalisable, si l’on se donne les moyens d’une formation à l’entrepreneuriat digne de ce nom. A ce titre, de nouvelles écoles consulaires pourraient utilement voir le jour, pour former exclusivement aux métiers à impact de demain au travers de mastères spécialisés, aujourd’hui absents du catalogue de formation. C’est en tout cas la volonté des élus de la CCI Versailles-Yvelines en lien avec notre CCI régionale. Davantage former nos entrepreneurs à la gestion quotidienne d’une activité indépendante, et mieux former ces derniers pour leur permettre de saisir les opportunités de la nouvelle économie : voilà les deux axes à suivre pour faire de la France une nation d’entrepreneuriat et d’innovation.